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Fête de l’indépendance : Six grandes dates de la vie du gamin ivoire

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Ci - Culture - 05-08-2018 13:06 - Bledson mathieu
La Côte d’Ivoire célèbre le mardi 7 août, la 58e fête de sa souveraineté. Dans la vie d’une nation, 58 ans, c’est si minime qu’on ose parler de premiers pas. D’un gamin. Surtout quand certains actes semblent plus relever de la garderie que de l’adulte. Cependant, des premiers pas riches. Arrêt sur des étapes.

An 1, réjouissances, mise en place

Joie immense, le bébé est né. Après des années d’enfantement difficile marquées par une lutte conduite par Félix Houphouët-Boigny et de vaillants hommes mais aussi de braves femmes (elles ont marché sur Grand-Bassam), le jour salvateur arrive le 7 août 1960. Finie la colonisation, place au travail.

An 10. Agriculture, formation, bourses à outrance

L’enfant a dix ans. Une petite décennie faite de quelques turbulences. Particulièrement en 1963 où l’on pensait à cette époque que sa vie allait basculer. Tentative de coup d’Etat. Oui, quelqu’un, avec un fétiche glissé dans la sacoche de la première dame, a tenté d’éliminer le père fondateur (complot du chat noir).

A cette époque, les Ivoiriens ne savaient pas ce qu’est une kalache, encore moins des rebelles ou des milices. On a attenté à la vie du président avec des fétiches…. Les dix premières années de notre indépendance, Félix Houphouët-Boigny voyait la Côte d’Ivoire comme sa propre maison qu’il fallait embellir pour se faire plaisir et permettre à ses enfants de se sentir à l’aise. Mais aussi pour faire pâlir de jalousie les voisins. *

Félix Houphouët-Boigny va étaler tout son génie de visionnaire. Parce que l’Indépendance, nous l’avions eue au même moment que nos voisins francophones, mais  les leaders de chaque pays  désireux d’assister aux festivités de l’autre, différentes dates ont été choisies.

Sinon le Burkina Faso (ex-Haute Volta), le Togo, le Bénin (ex-Dahomey), le Niger, le Mali et la Côte d’Ivoire ont eu leur indépendance exactement le même jour et à la même heure ! Le colon français les ayant libérés au même moment. Houphouët-Boigny a passé la première décennie à bosser.

Développement des cultures d’exportation, notamment le café et le cacao, pour gagner plus de devises. Multiplication à outrance des salles de classe pour très rapidement former les Ivoiriens. Recrutement en France mais aussi dans la sous-région d’enseignants. Avec des conditions de vie attractives.

Les professeurs seront déclassés du régime général des fonctionnaires (pour être mieux rémunérés) et recevront des beaux administratifs, c’est-à-dire logés gratuitement. Tout cela pour avoir des enseignants de qualité afin de former les Ivoiriens. Houphouët était convaincu qu’une population bien formée reprendrait facilement le flambeau du développement. Avec pour meilleur atout, des cadres bardés de diplômes. Les bourses d’études couraient les…classes.

Les élèves recevaient de l’Etat fournitures, tenues et aussi argent de poche tous les trimestres. (Ne dites pas ça à nos enfants, s’il vous plaît). Les bacheliers prendront le bateau pour la France. Idem pour ceux qui termineront le premier cycle à l’Université. La Côte d’Ivoire est admirée et une chanson, 6esillon, composée par Jean-Baptiste Yao et ses enfants, célèbre le père fondateur. « Soyez béni grand Houphouët-Boigny /Les jeunes gens de Côte d’Ivoire vous remercient/soyez loué grand Houphouët-Boigny/Les jeunes gens de Côte d’Ivoire vous remercient/Quatre ans d’indépendance vous contemplent/Dans l’atteinte de tant de réalisations/Auteur de (la) liberté de notre pays/Avec soumission/Nous vous glorifions/Que le Très-Haut rallonge votre vie. » Houphouët voyait grand pour le pays et les Ivoiriens.

An 20, le mot conjoncture fait surface avec la récession économique et les Sode s’effondrent

Dans la folie des réalisations, on a oublié que notre « succès qui repose sur l’agriculture » est tributaire du cours des matières premières. Ces derniers vont drastiquement chuter et plomber le plan de développement de la Côte d’Ivoire. Houphouët a beau dénoncer les « spéculateurs cachés dans les bourses des capitales européennes » qui fixent les prix des matières premières, rien n’y fera. On devra apprendre à vivre avec le peu qu’on a.

Or, beaucoup de cadres formés par Houphouët à coup de millions sont devenus… budgétivores eux-mêmes. On avait l’impression qu’ils organisaient des concours du meilleur en détournement de deniers publics. Houphouët qui avait quand même pris des dispositions va être surpris. Il avait créé des sociétés d’Etat (les fameuses sode) pour être le fer de lance du développement.

Il savait que le développement des cultures d’exportation et la vente de grume allaient bouffer la forêt. Pour préserver la faune, il créa la sodefor. Pensant que les cadres des Eaux et Forêts, diplômés d’Europe, allaient sauver la faune et la flore. Au moment où il jette un coup d’œil là-bas, il constate que bien que diplômés dans les meilleures écoles, les gardiens de la forêt sont devenus des exploitants de bois ou complices de braconniers.

Il crée la Soderiz censée produire du riz pour nourrir les Ivoiriens et stopper la sortie de devises. Les ingénieurs agricoles payés pour le faire sont tous restés dans les bureaux feutrés d’Abidjan. Champions en projets et programmes budgétivores. Tous les ans, ils organisaient des séminaires sur la riziculture dans les hôtels sans qu’un seul parmi eux  eût l’idée géniale de semer un jour un grain de riz. Houphouët avait aussi monté une grosse boîte nommée Eeci. Parce qu’il savait que le développement industriel du pays allait nécessiter une importante consommation d’énergie.

L’Eeci, telle que conçue par Houphouet, ne pouvait que réussir. Il a mis à leur disposition de grands barrages hydrauliques. Ils devaient vendre l’énergie produite, économiser et construire de nouveaux barrages. Une telle entreprise ne pouvait que s’enrichir. Mais les Ivoiriens ont trouvé le moyen de la faire…tomber. C’est la sodeci qui vendait de l’eau dans quelques villes, avec des factures trimestrielles dérisoires, confiée à Zadi Kessy (honneur à lui) qui va tenir la route et finir par absorber l’Eeci. Les autres sociétés d’Etat qui devraient être aujourd’hui des multinationales, ont toutes fait faillite. Y compris les banques….

Même les entreprises de construction et gestion immobilière ont mis la clé sous le paillasson. houphouët avait construit des résidences, des quartiers entiers que la sogefiha, la sideci et la sicogi devaient gérer. Encaisser les loyers et poursuivre la construction de logements à moindre coût  pour les ivoiriens. Là aussi, les cadres commis à la tâche avaient d’autres préoccupations.

Aujourd’hui, les ivoiriens logent dans des cagibis. Rien à voir avec les maisons d’houphouët dans les quartiers Sicogi ou Sogefiha d’Abobo, de Cocody, Yopougon, Marcory, Koumassi et les quartiers 220 logements, Ebrié et Williamsville d’adjamé. Certains même sont obligés de raser des maisons que des sci leur ont vendues. Sans parler des inondations. Inondations ? Vous n’allez jamais entendre parler de cela dans les quartiers construits par houphouët…. pour le transport aérien, Air Ivoire et Air Afrique qui avaient les premiers grands avions ont connu les sorts que l’on sait. Gestion ivoirienne!

An 30, multipartisme et début des bêtises

La chute du prix des matières premières ayant altéré le budget de l’Etat, Houphouët ne pouvait plus offrir à chaque étudiant une bourse et à chaque diplômé un emploi. Pour réduire le nombre d’étudiants, on instaura un bac probatoire. Les enfants ont trouvé les moyens de réussir  cet examen et de bourrer les classes de terminale. Faute de nouvelles universités, on orienta les bacheliers dans les filières Bts sans avenir…. Même pour assurer le fonctionnement de l’Etat, payer les fonctionnaires, c’était compliqué. Réduire les salaires ? L’idée a provoqué des mouvements de masse qui ont engendré le multipartisme.  Un programme structurel qu’on dira imposé par le Fmi à qui on demandait de payer les salaires, est arrivé à point nommé. Sur ce coup, Houphouët a eu la main heureuse.

Le choix du cadre qui prend les commandes, un certain Alassane Ouattara, est approprié. La faillite de l’Etat est évitée de justesse.

Mais les problèmes structurants demeurent. Nous produisons moins que nous ne consommons. Nous ne payons pas d’impôts, alors que c’est la cotisation de chacun de nous qui permet au pays de faire face aux charges. Nos ingénieurs sont toujours dans les bureaux. Les Marocains qui venaient admirer en convoi l’autoroute de Yamoussoukro, l’Inset et l’Enstp sont ceux qui construisent nos routes à présent. Les chinois qui n’ont pas de terre nous vendent du riz. Des pays qui n’avaient pas d’ingénieurs quand nous célébrions nos premiers cadres nous vendent de la tomate, des oignons, des pommes de terre. Et nous habillent. Bref, en dehors de la musique et ce grâce au Zouglou et coupé décalé qui n’ont bénéficié d’aucune formation de l’Etat mais  que nous vilipendons, on ne peut vivre 24h à Abidjan en consommant seulement  ivoirien.

Le retour à la terre nourricière est toujours vu comme matérialisant un échec. L’accès au crédit est pour les jeunes diplômés, les petits et moyens entrepreneurs, ce qu’est la physique nucléaire pour un écolier. Il peut en avoir entendu parler, mais il est sûr que ça ne le concerne pas.

Pendant ce temps, les maigres ressources continuent d’être détournées. L’on se distrait dans les innombrables séminaires. On ne sait où il a piqué ce virus, mais quand tu demandes à un ivoirien comment on égrène un épi de maïs, il va d’abord monter un projet,  faire un séminaire, initier des ateliers et organiser des cérémonies de restitution.

An 40, les années sottises

Coup d’Etat, tentative de coup d’Etat. (re)tentative de coup d’Etat. (rere) tentative de coup d’etat. Mutineries. Rébellions. Milices, escadrons de la mort…. La côte d’ivoire, à  un moment de son histoire, a sombré. Avant de se relever et se mettre à se reconstruire. Et espérer des lendemains meilleurs. Dans les discours, on entend aujourd’hui parler de ‘’je veux plus’’.

Des avis de recrutements à la Fonction publique et dans le privé apparaissent. On entend reprocher au pouvoir en place de ne pas être trop rigoureux dans les recrutements. Ça veut dire que des emplois existent, naissent. Là où avant on parlait de licenciement. On voit des entreprises ouvrir là où elles fermaient. Les ouvrages d’envergure et des hôtels de luxe refont leur apparition. Des particuliers transforment un pan de leur maison en commerce. Malgré de nouvelles routes et de nouveaux ponts, les embouteillages sont monstres. Le pays a repris vie. C’est indéniable !

An 60 ????? Emergence ou (re)plongeon ?

L’orée 2020 ? Nous avons le choix.  On peut se dire, ce n’est pas si mauvais de vivre en paix, de voir le pays se relever. Même si individuellement chacun n’a pas ce qu’il veut, on peut faire le choix d’éviter les palabres dévastatrices. On peut aussi se dire ‘’ça fait quoi si on se bat, si on détruit le pays ?’’ C’est un choix. Quand on retrace l’histoire de la côte d’ivoire, on s’aperçoit qu’à chaque décennie, il y a eu des ambitions. Mais les décennies où l’on a su les gérer ont été bénéfiques pour le pays. Là où chacun a dit c’est moi ou le chaos, on a plongé. Pour 2020, nous avons le choix.

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