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Côte d’Ivoire: «Le 17 juin, l’heure est venue de se lever pour sauver la nation du péril qui nous guette»

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Ci - Politique et economie - 10-06-2017 22:12 - Connection ivoirienne
L’ancien ministre Augustin Komoé donne dans cet entretien les raisons qui poussent son parti, le Fpi à prendre la rue le 17 juin prochain.

Une manifestation dite “marche de la colère” est projetée le 17 juin par le Fpi et ses alliés. Entendons-nous sur la terminologie. C’est quoi une marche de la colère ? C’est quand même une nouveauté !

Augustin Komoé : Il s’agit en réalité d’une marche citoyenne qui permettra aux populations ivoiriennes de manifester leur colère face à la dégradation de leurs conditions de vie, à l’insécurité généralisée, à l’élargissement de la fracture sociale, et à l’incapacité de l’État à protéger les citoyens. L’originalité de cette manifestation réside dans son objet. Nous sommes habitués à des marches de protestation ou de revendication pour des intérêts corporatistes ou sectoriels. La marche du 17 juin transcende ces intérêts pour privilégier et défendre l’intérêt général, celui de tous les Ivoiriens et de tous les secteurs d’activités. L’état dans lequel le régime de Monsieur Ouattara a plongé la Côte d’Ivoire ne doit laisser personne indifférent. Si les traumatismes de la crise post électorale de 2010-2011 avaient tétanisé les populations, au point de les plonger dans une sorte d’indifférence et de résignation, l’heure est venue de se lever et de sauver la nation du péril qui le guette.

Est-ce également juste de dire que c’est une marche du Fpi et de ses alliés ?

Certes cette marche est à l’initiative du FPI et de ses alliés de l’AFD notamment, mais c’est une marche qui concerne tous les citoyens qui ont des raisons de croire que la Côte d’Ivoire va mal. Quand un pays va mal ce sont d’abord les habitants qui en ressentent les effets. En dehors du cercle restreint du pouvoir l’immense majorité des populations se sentent mal dans leur propre pays. Qui ne subit pas et ne se plaint pas, dans le silence, des conséquences de la mauvaise gouvernance du régime en place?

Depuis l’annonce du président Affi en conférence de presse, les échos qui vous parviennent vous encouragent-ils à la maintenir ?

Bien sûr que les échos qui nous parviennent sont favorables au maintien de la marche le 17 juin prochain. C’est souvent que l’opposition a été accusée de ne rien faire face à la dictature rampante actuelle. A travers cette marche, nous donnons l’occasion, à tous ceux qui le veulent, de manifester leur désapprobation de la gouvernance du régime et de la politique de Monsieur Ouattara. Le rôle d’un parti politique dans l’opposition c’est aussi de porter la voix des sans voix. Il nous revient de dire tout haut ce que le peuple meurtri et apeuré dit tout bas. Le FPI a toujours porté les aspirations légitimes des populations dont le bien-être constitue sa préoccupation principale. C’est pourquoi, malgré la peur, les Ivoiriens adhèrent à ce projet de marche citoyenne. Ceux qui n’y adhèrent pas sont ceux qui profitent du désordre et de l’injustice érigés en mode de gouvernance. Il y a aussi les résignés et ceux qui désespèrent de la Côte d’Ivoire.

Irez-vous jusqu’à refuser toute négociation avec le pouvoir en vue d’un report ou d’une annulation simple ?

La liberté de manifester pacifiquement est un droit consacré par la constitution. En tant que parti légaliste ayant de surcroit gouverné ce pays, nous sommes soucieux du respect des principes républicains dont le dialogue politique. A ce titre nous avons informé, conformément à la loi, les autorités compétentes du caractère citoyen de cette marche ainsi que de l’itinéraire qu’elle empruntera. La seule négociation attendue concerne les dispositions que l’Administration compte prendre pour encadrer la manifestation. Il est donc exclu de reporter ou d’annuler la marche du 17 juin. On ne peut pas frapper un enfant et l’empêcher de pleurer !

Monsieur le vice-président, l’itinéraire envisagé nous semble quand même curieux. Vous voulez partir de la gare de Bassam à la place des martyrs à Adjamé, laissant derrière vous le Plateau, siège du pouvoir. A qui finalement irez-vous crier votre colère ?

Le régime en place est tellement méprisant que même la présence de manifestants au Plateau, siège du pouvoir ne sera d’aucun intérêt. Le seul langage qu’il semble comprendre est celui des armes comme il en a fait la démonstration ces derniers mois. Or, non seulement nous n’avons pas d’armes, mais en outre par principe et de part notre culture démocratique, nous n’usons pas de ce moyen de pression.
Notre objectif est d’amener les Ivoiriens à crier leur colère en bravant la peur que le pouvoir entretient depuis des années. La présence massive des populations dans la rue est un cri de cœur et une alerte à toutes les composantes de la société ivoirienne et, au-delà, à la communauté internationale, sur le délittement de notre pays.

Lors des tournées sur cette manif, beaucoup de vos militants que nous avons pu écouter à Yopougon ont insisté sur la communication et sur les moyens de locomotion pour aller à cette marche. Que dites-vous à moins de trois semaines pour les rassurer ?

Les médias d’’État n’étant pas accessibles à l’opposition, nous sommes condamnés à mener une communication de proximité avec des rencontres dans les communes du District d’Abidjan ainsi que dans certaines villes à l’intérieur du pays. Les réseaux sociaux sont également mis à contribution pour informer et sensibiliser nos compatriotes sur la nécéssité de prendre part à cette marche. Concernant les moyens de locomotion, le comité d’organisation y travaille. Toutefois, compte tenu des enjeux de cette marche, il importe que chacun contribue à sa réussite dans la mesure de ses possibilités.

Et puis, il y a quand même un débat entretenu par vos camarades de l’aile Sangaré du Fpi disant que vous prenez maintenant un chemin qui est même à la base de la discorde qui vous oppose. En fait, ils estiment que c’est pour avoir refusé les marches entre 2014 et 2015 que le président Affi est entré en conflit avec ses camarades. Pourquoi propose-t-il aujourd’hui une voie qu’il trouvait inefficace à cette période ?

Toute action politique a un objectif et est soutendue par des stratégies prenant en compte l’environnement et les rapports de forces. Au moment où certains camarades reclamaient des manifestations de rue, le FPI était en pleine discussion avec le gouvernement sur des questions essentielles touchant aux prisonniers politiques, aux exilés et au dégel des comptes bancaires de ses cadres. Par ailleurs, les tentatives de rassemblement du parti sous la direction intérimaire avaient fait l’objet de répressions sanglantes. Dans ce contexte, la sagesse commandait de capitaliser les acquis du dialogue politique avant d’engager les militants dans d’autres aventures. Il faut faire chaque chose en son temps. Cela dit, si c’est l’absence de marches qui a motivé la fronde qui fragilise le FPI, ses animateurs doivent y mettre un terme pour abréger les souffrances des Ivoiriens qui ont besoin de changement. Ils ont l’occasion de marcher le 17 juin 2017 avec les autres Ivoiriens pour une juste cause, celle de la Côte d’Ivoire.

Vos militants sont-ils préparés aux dommages collatéraux qui pourraient en découler ? Je veux parler d’éventuelles arrestations, d’emprisonnements, du désordre et du risque d’affrontement avec les forces de l’ordre ?

Le pouvoir n’a aucun intérêt aujourd’hui à reprimer des citoyens qui manifestent pacifiquement pour reclamer plus de justice, de solidarité et une meilleure gouvernance du pays. Les manifestants ne reclament ni de primes de guerre, ni de maisons à quelque titre que ce soit. De plus ils n’ont pas d’armes dont ils pourraient faire usage pour satisfaire des intérêts personnels. Toutefois, iI est demandé aux manifestants de ne céder à aucune provocation pour enlever tout prétexte au pouvoir de créer le désordre au cours de la marche.

Quelles garanties avez-vous obtenu jusqu’ici de la part du pouvoir ?

Nous ne demandons pas de garanties particulières au pouvoir en dehors du minimum qui est attendu d’un État, même en faillite. Ce minimum consiste à faire encadrer la marche par la Police nationale pour éviter tout débordement.

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